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ANDREI BILYI MEMOIRES SUR STEINER dition prpare, prface et annote par Frdric Kozlic La Presse Libre Paris ...

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ANDREI BILYI

MEMOIRES

SUR STEINER

dition prpare, prface et annote

par Frdric Kozlic

La Presse Libre

Paris

, La Presse Libre Paris

Titre original en russe:

VOSPOMINANIA O STEINERE

La publication a t prpare par Frdric Kozlic Editions La Presse Libre Les photos sont publies avec lautorisation de Philosophisch-Anthroposophi scher Verlag, Drnach, Suisse. (Photos Rietmann et Heydebrand-Osthoff) .

Tous droits rservs pour tous pays .

Toute reproduction, mme partielle, de cet ouvrage est interdite. Une copie ou reproduction par quelque procd que ce soit, photographie, microfilm, bande magntique, disque ou autre, constitue une contrefaon passible des peines prvues par la loi du 11 mars 1958 sur la protection des droits dauteur .

Imprim en France .

I 3 , 13 , 47 , 100 157 215 295 345 351 379 385 Prs dun demi sicle spare lcriture des prstnes Mmoires de leur publication, prcde en 1975 par ldition dune adaptation allemande .
Le document prsent accessible dans sa version originale, est un tmoin prcieux de litinraire anthroposophique de son auteur ayant engendr lune des critures les plus complexes qui soient, structures au service dun fonds constituant un vritable dfi au lecteur, et dont lanalyse scientifique dbouche naturellement sur lapproche hermneutique: une tude analytique et synthtique a t consacre au problme du courant anthroposophique dans loeuvre de Bilyi, premier abord global cit dans laddenda bibliographique auquel le lecteur pourra se rfrer, ouvrage contenant galement la premire publication dextraits des Mmoires dans la version russe, auxquels est consacr un chapitre les insrant dans lorganisme de la production bilyienne .

Les pages qui suivent se proposent de familiariser le lecteur avec certains aspects historiques aussi bien du mouvement anthroposo phique que du cheminement de Bilyi aux cts de son fondateur etinspirateur Rudolf Steiner, donnant des claircissements en simples complments la lecture, mais moins fragmentaires que les notes immdiates, en renvoi dans le texte: laspect dialectique est ainsi omis car ne pouvant que sinsrer dans une tude densemble, dtaille prcisment dans louvrage ci-dessus. Il est nanmoins indispensable davertir le lecteur non familiaris avec lanthroposo phie et ventuellement avec la dissimulation viscrale de Bilyi, que les Mmoires sur Steiner ne peuvent en aucun cas servir dapproche objective de lanthroposophie dans son aspect idel ou dans ses ralisations: malgr dinnombrables donnes historiques souvent trs prcieuses, sa lecture seule laisse le lecteur devant un document littraire, reflet du subjectivisme de son auteur un moment donn de son volution .





A ce propos et titre indicatif, il serait mentionner quil existe un nombre non ngligeable de "Mmoires sur Steiner publis sous divers titres par des collabora teurs de Steiner; Bilyi, tout en accroissant cette production, se place nettement lcart de ces documents: son feu, sa verve, I ses lans, sa passion, ne constituent nullement une tentative de transmission tant soit peu objective de limage de son Matre travers son propre dcryptage, mais un amalgame ventuellement dcrypter par le lecteur, du Matre et dun Subjectif tout livr ses propres panchements .

* * N en 1861 Kraljevic, dans un creuset de cultures slave, hon groise et autrichienne, Rudolf Steiner, de langue allemande, fit ses tudes primaires et secondaires en province avant de suivre des cours dans diffrentes disciplines scientifiques lEcole Technique Suprieure de Vienne .

Pour comprendre dune certaine faon toute son action ultrieure, il est ncessaire de relever deux caractristiques de la prio de allant de lcolier ltudiant .

Steiner tait dou de faon naturelle de ce que lon dsigne communment par "clairvoyance, mais qui, dans le cas du fondateur de lanthroposophie, revt un aspect spcifique (nous nous plaons du point de vue historique, nous basant exclusivement sur des documents), dotant ce vocable dune acception diffrente de ce qui est communment et un peu confusment admis, et inaugurant sur le plan culturel une nouvelle orientation de ce type de phnomne: il sagit au dpart dun pouvoir de perception objective dun monde supra-sensible, donc non accessible aux sens physiques, univers observable au moyen dune perception adquate et tout autant rel que le monde des sens. Pour le jeune Steiner, le problme dexistence dun "au-del tait donc sans objet: seul le lien entre les deux mondes constituait pour lui le problme fondamental, aiguillonn par la constatation de linexistence pour son entourage dune grande partie de sa ralit lui .

Cette premire caractristique fut concomitante dune seconde, savoir une curiosit pour tout ce qui lentourait, allie une remarquable volont dans ltude aussi bien scolaire que personnelle;

lcole fut lorigine dun vritable engouement pour les mathma tiques science des objets non matriels , fascination compr hensible devant une construction rigoureusement objective et terrestre, mais discipline exclusivement a-matrielle dans son aspect fondamental. Quant la formation personnelle extra-scolaire, ladolescent tudia de faon approfondie dabord Kant puis les idalistes Fichte, Hegel, Schelling, sans ngliger pour autant les matrialistes tel Darwin. La place du Moi chez Fichte, le problme II de la cognition chez Kant, la science matrialiste, la ralit objective du spirituel, furent autant dimpulsions la recherche dune apprhension primordiale rigoureuse au sens scientifique, dbouchant organiquement sur la saisie ultrieure de la complexit qui ne cessait de simposer au jeune chercheur: ce point fondamental fut alors plac dans lactivit pensante, unissant son caractre non matriel une activit humaine universelle, et surtout, appartenant la mme catgorie que la cognition elle-mme, objet prcisment pour lesprit en qute de rponses ses problmes .

Il convient dajouter ces prliminaires biographiques lassiduit aux cours de philosophie, dhistoire et surtout de littrature allemande donns par Schrer, ce dernier faisant dcouvrir au Steiner de dix-neuf ans le Faust de Goethe et lunivers du pote en gnral, oeuvre et auteur qui joueront tout au long du droulement de lanthroposophie un rle essentiel .

Apprci ds cette poque pour ses proccupations de scientifique et dhumaniste philosophique, Steiner, alors g de vingt-et-un ans, fut charg, sur recommandation de son professeur Schrer, dassurer ldition commente des oeuvres scientifiques de Goethe dans la srie Deutsche Nationalliteratur. Que ce soit dans le Faust, que ce soit dans les aphorismes ou dans les productions scientifiques cest dire dans labord de la Nature par lHomme, Steiner dcouvre dans la philosophie goethenne sous-jacente une profonde similitude avec ses propres vues et rsultats, et en lauteur, un prcurseur conscient-subconscient de ce quil appellera plus tard Anthroposophie. Les commentaires dont Steiner dote les textes scientifiques de Goethe livrent au public les premires bases de sa philosophie, et travers dautres publications traitant de la pense goethenne, dbouchent sur une thse de doctorat de philosophie en 1891, dans laquelle lacte cognitif est fond par une rfutation logique de la dualit kantienne objet-sujet, dogmatisme responsable du rsidu cognitif transcendant de la chose en soi, et par la focalisation de lanalyse sur lactivit pensante, vitant le cercle vicieux dune cognition btie sur les rsultats cognitifs: Steiner scelle ainsi la pierre de fondation de toute son anthroposophie devenant dune certaine faon synonyme de rejet de toute existence intrinsque des limites la connaissance humaine, cest dire de anthropos. Trois ans plus tard, en 1894, Steiner achvera en quelque sorte son systme idel par la Philosophie de la libert, dans laquelle la reprise de lacte cognitif appliqu au matriel ou au spirituel, sera couronne par la notion dacte moral soustrait toute influance quelle quelle soit, explicitant III ainsi et la notion, et la sphre de la libert, idal en gestation de anthropos .

Des tudes philosophiques consacres Goethe et plus particulirement Nietzsche en lequel Steiner dcouvre galement un prcurseur de son propre cheminement, ainsi que des essais et critiques littraires, font peu peu place lactivit de conf rencier, concrtisant partir de 1902 le message sotrique au moyen de six mille confrences environ, la priode de 1899 jusqu cette date tant une priode de transition, Steiner dcouvrant au sein de la Socit Thosophique un auditoire apte du moins en thorie lcoute de son message .

Le cheminement de Bilyi devant la droulement de lactivit steinrienne, prsente un trange paralllisme priodique dont lanne 1902 est tout aussi caractristique de lun que de lautre: elle clt une oeuvre de jeunesse dun Bilyi se rvlant remarquablement prdispos sorienter vers une anthroposophie non encore ne sous son aspect purement spirituel, et chercher un Matre devant dune faon naturelle incarner lenseignement dsir .

Les trois premires Symphonies , , ainsi que Celui qui vint slaborent dans un vritable revoir baudelairien pour spanouir en un tat second ne relevant plus de la conscience du physique et pas encore de celle du spirituel steinrien: YHroque est une ferie o lon rve mme les contes dans leur spiritualit objective, et son au-del lui-mme, cette transcendance du dj merveilleux, nest pas exempt du sommeil rveur insr dans les oublis, les souvenirs et les prmonitions; La Dramatique est un vaste rve dans lequel le physique singre encore mais dj dans une tranget onirique, et au cours duquel la rverie des idaux spirituels, plus quamorce, est sertie dans une foi prmonitoire leur tant tout caractre chimrique; tandis que le Retour, dans sa description explicite du processus de rincarnation, na pas encore la force de sextraire du rve de lau-del davant la naissance, et Celui qui vint, oeuvre dadolescent, volue dans un trange amalgame de ralits physique prsente et spirituelle venir, dduit dune tradition biblique tout naturellement charge de cette ambigut .

Ce contexte onirique aux thms personnels remarquablement pertinents pour lanthroposophie future dans son aspect de message public, se dresse ainsi dans sa potentialit vidente en face de

la ralit spirituelle perue mais non encore exprime par Steiner:

lanne 1902 marque le terme de lexclusive du rve typiquement symboliste de Bilyi, et dbute une volution structure en une remarquable suite trois termes de couples dheptades .

IV Le 20 octobre 1902, la Socit Thosophique prside par Olcott cre la Section Allemande dont la charge de Secrtaire Gnral est confie Rudolf Steiner, second par Marie von Sivers dans la fonction de secrtaire, et qui restera dornavant troitement associe toutes les ralisations steinriennes auxquelles elle consacrera toute son nergie, dveloppant plus particulirement la partie artistique des impulsions anthroposophiques. Contrairement ce que pourrait en dduire et qui fut effectivement admis tort, Steiner ne fut jamais ladepte du courant thosophique tourn vers lInde, mais donna suite la demande dun auditoire int ress par le message spirituel, pour y porter sa propre exprience, per ceptive et conceptuelle. Rien ne peut mieux caractriser cette spcificit que la confrence sur YAnthroposophie tenue le jour mme de cette nomination mais en dehors du cadre de la Socit Thosophique, troisime confrence dune srie de vingt-sept, preuve de lindpendance absolue dun enseignement personnel vis vis dune tradition orientale lie un occultisme pass .

La premire poque que Steiner lui-mme limite par 1902 et 1908/9, est une phase prparatoire contenant la future Socit Anthroposophique ltat dembryon au sein de la Socit Thosophique, au cours de laquelle des notions essentielles telles les rincarnations humaines de corps humain corps humain, et le destin-karma, convergent vers le mystre du Golgotha, associant le Christ aux notions indiennes antiques, mais leur donnant de ce fait une dimension nouvelle, lanthroposophie devenant ainsi une christologie retournant loccultisme traditionnel lement nourri par lOrient en un occultisme occidental chrtien, mtamorphose accentue par le rle fondamental de lactivit pensante, ajout moderne la notion passe dsotrisme .

Cette propdeutique denviron sept ans se droule paralllement la prise de connaissance puis de conscience de la doctrine steinrienne en construction, et se termine par lane 1909, au cours de laquelle Bilyi lui mme nous apprend tre parvenu se tourner avec une profonde vnration vers celui que lon peut dj appeler son Matre. Partant de la recherche dcrits intimes destins aux peu nombreux et se heurtant ainsi cette autre nouveaut dans lsotrisme apporte par Steiner, savoir la ncessit du caractre public de loccultisme, dans un cheminement ddalen aux ramifications aussi diverses que la spiritualit orientale ou son renouveau anglo-saxon dans la thosophie, que ltranget de lanthroposophie droutant par toutes ses composantes nouvelles heurtant des attitudes reues devant le spirituel jusquau spirituel lui-mme, que lamiti orageuse pour Blok non exempte de V certaines ramifications douteuses vers les liens conjugaux sous couvert conscient-subconscient de lidalisme dsincarn, Bilyi sapproche peu peu de Steiner, semblant mme le suivre Munich et Paris en 1906-7, mais nosant pas encore laborder ouvertement. Lanthroposophie devient toutefois source dune inspiration de plus en plus profonde, ordonnant les thmes de jeunesse en une nouvelle criture focalise sur la vie terrestre bien relle prsent avec ses problmes profondment humains que Bilyi commence nettement pourvoir de solutions anthropo sophiques, ralisations dun crivain dlaissant dfinitivement les hauteurs utopiques du revoir dantan, pour pntrer avec la Colombe d'argent dans la deuxime heptade, celle du pas public vers lanthroposophie puis de la vie aux cts de Steiner dans ldification communautaire souhaite par le Matre .

* Situant la deuxime phase de son activit entre 1908/9 et 1916/17 donc la deuxime heptade Steiner la caractrise par un regard circulaire jet sur ce que sont de nos jours la science et la civilisation dans ses ralisations pratiques .

A ct dun largissement des thmes traits vers lhistoire, vers les diverses cultures travers leurs peuples, vers les grands monuments littraires de la spiritualit humaine, vers la nature, Steiner dveloppe ses donnes sur le Christ par des considrations de plus en plus prcises et en mme temps de plus en plus intgres lensemble de son enseignement. Les innombrables confrences et cycles de cette priode continuent dinsister sur lunicit de lincarnation du Christ, et placent dune certaine faon ce processus au centre de lvolution humaine: la cause de la rupture officielle et dfinitive avec la Socit Thosophique apparat ainsi au grand jour lorsque Annie Besant, prsidente depuis 1907 de la Socit Thosophoque, essaya de faire admettre lenfant Krishnamurti comme la rincarnation du Christ. Alors que Steiner stait dune certaine faon accomod du contexte a-christique de cette Socit en essayant toutefois dy apporter sa christologie, la sortie de Besant sur ce point crucial le fit fonder le 28 dcembre 1912 la Socit Anthroposophique, devanant lexclusion de la Section Allemande par lassemble gnrale de la Socit Thosophique le 7 mars 1913. La cration de la Socit Anthroposophique le comit directeur se composa de Cari Unger, Michael Bauer et Marie von Sivers, la Socit elle-mme comptant environ trois mille VI membres ne constitua nanmoins aucun bouleversement dans laction de Steiner, vu le caractre rigoureusement personnel de son enseignement au sein de la Socit Thosophique. La seule marque sensible de cette rupture fut le cycle sur la Bhagavad Gita et les Eptres de Paul tenu du 28 dcembre 1912 au premier janvier 1913, par lequel Steiner reporta sur le plan de la conscience de ses auditeurs lharmonie entre ces deux reprsentants minents des spiritualits orientale et christique, rponse dantroposophe la discorde thosophe .

La deuxime priode voit galement la conception, llabora tion et la ralisation du premier Goetheanum, appel dabord Edifice de Jean Johannesbau. Ds 1907, lors du congrs de la Socit Thosophique Munich, Steiner mit lide dun btiment destin aux activits thosophiques (anthroposophiques) .

Aprs une premire bauche dune architecture extrieure en forme dellipsode triaxial effectivement ralise dans ce que lon appelle le modle de Malsch encore visible de nos jours (Malsch, Allemagne), Steiner conut en 1908/9 un difice dont larchitecture extrieure comportait deux coupoles en forme de sphres ingales peu prs orthogonales. Lide prit une forme assez tangible ds 1911, et esquisses et plans de situation furent achevs en 1912/13, prvoyant Munich pour lieu dimplantation. Des difficults avec les autorits architecturales munichoises ainsi que des dons de terrains Dornach prs de Ble, dcidrent du choix du nouveau lieu agr par les autorits cantonales suisses, la pierre de fondation ayant t scelle le 20 septembre 1913. Comme ldifice devait tre rig sur une colline et non plus noy dans la ville comme le prvoyait le premier projet, Steiner porta autant dattention larchitecture extrieure qu llaboration intrieure. Ralis en bois, ldifice fut construit sur un socle de bton. Les deux coupoles en forme de demi-sphres (resp. 34 et 25 mtres de diamtre) peu prs orthogonales et revtues dune ardoise verte spcialement importe de Norvge, abritaient dans cet ordre la salle destine aux spectateurs et la scne, au fond de laquelle devait se tenir la statue du Reprsentant de l'Humanit, sculpture de neuf mtres de haut que Steiner conut et faonna dans du bois dorme en le Christ se tenant entre les deux forces pouvant devenir des forces du mal, savoir Lucifer et Ahriman, mais se paralysant elles-mmes dans ce ngativisme en la seule prsence du Christ .

Sur le plan fondamental, le Goetheanum ntait pas un symboleallgorie, cest dire ntait pas un graphme renvoyant par son allographie des ides sur le spirituel, mais constituait un tmoin VII physique du supra-sensible, complment artistique aux confrences idelles steinriennes .

Deux points de vue peuvent tre saisis ce sujet. Le premier fait est la mtamorphose excluant toute ornementation en tant que telle, rptitive ou non, et se matrialisant dans la mouvance spirituelle-organique des architraves par exemple, sculptes cet effet dans du bois, dont les colonnes elles-mme participaient de ce mouvement densemble; un deuxime fait tout aussi loign dun renvoi allgorique que le premier, est Yquilibre, mtamorpho sant la ligne droite en la courbe, tentant de vivifier le fig, cest dire dimpulser le mouvement dans le repos, tout en crant le repos dans le mouvement. Un soin tout particulier fut ainsi apport par Steiner dans ses indications sur lart de travailler le bois, par exemple dans le souci dengendrer les surfaces les unes partir des autres, et non daprs une esthtique codifie ou subjective .

Luniversalit des thmes toujours relis entre eux traits par Steiner au cours de son enseignement, se retrouvait dune certaine faon dans cette construction, unifiant au sens spiri tuel larchitecture aux lments sculpturaux et picturaux, intrieurs et extrieurs. Un exemple remarquable de cette structure complexe induite peut tre donn par les colonnes .

Les deux fois sept colonnes de la grande salle disposes symtri quement de part et dautre de laxe allant de la grande coupole la petite et dirig de louest vers lest, avaient une hauteur variable de plus de dix plus de quatorze mtres, et taient excutes par paires dans sept essences: charme, frne, cerisier, chne, orme, rable et bouleau. Chaque colonne, se fondant dans la coupole par les volutes des architraves, comportait de multiples sections: une base dcagonale, un tronc sculpt heptagonal, une colonne p ro p r ement dite pentagonale, et un chapiteau sculpt heptagonal insr dans un astragale et une cimaise dcagonaux .

Les deux fois six colonnes de la scne de plus de douze plus de treize mtres, toujours disposes symtriquement par rapport laxe ouest-est, constituaient des stades intermdiaires aux colonnes de la grande salle: elles taient de ce fait excutes en deux essences, lune intrieure et lautre extrieure, correspondant aux essences des colonnes dont elles taient ltat de passage .

Reposant chacune sur un pidestal-trne sculpt, elles slevaient par une colonne pentagonale, puis par un chapiteau sculpt heptagonal serti dans lastragale et la cimaise dcagonaux, pour sincorporer dans la petite coupole par la fluidit de leurs architraves .

Llment sculptural dont ces colonnes sont un exemple caract ristique, fut immerg dans llment des couleurs, lesquelles, VIII amorces par les diverses essences des bois, prolonges par les peintures des coupoles ralises laide des couleurs vgtales cres par les anthroposophes cet effet, spanouirent dans une imprgna tion totale par les huit vitraux de la grande salle et par le neuvime au-dessus de lentre principale .

Dans un atelier que Steiner fit riger prs du Goetheanum, des plaques de verre color dans la masse par St. Gobain, fur ent travailles dans une technique originale: divers motifs furent gravs au moyen dune fraise au carborondum ce qui ncessitait un constant refroidissement par eau les parties engraves apparaissant ainsi en plus clair que le reste. La grande salle fut de cette faon dote de deux fois quatre vitraux de part et dautre de laxe principal, chaque vitrail en triptyque la partie centrale plus grande et plus large que les deux autres inondant lespace intrieur de sa lumire propre: du fond vers lavant, les quatre paires sourdaient respectivement le vert, le bleu, le violet et lincarnat, tandis qu la sortie, les spectateurs pntraient dans le rouge profond du vitrail de louest .

Ce monument architectural fut caractris par Steiner comme tant un larynx par lequel les tres spirituels suprieurs se manifes taient ceux qui taient capables de laborder autrement que par lintellect, au moyen dun sentiment impuls par la volont vers le supra-sensible .

Cest dans ce cadre que Steiner fit reprsenter ses dramesmystres dont la gense appartient la deuxime priode, et qui se voulaient un autre complment aux confrences idelles: un message du cheminement spirituel de lindividu travers ses rincarnations soumises au destin-karma, loi dont la matrise dbouche sur la libert, itinraire de lquilibre christique entre les dviations lucifriennes et ahrimaniennes .

Leurythmie est une autre ralisation artistique fondamentale de la deuxime priode, et tout comme le Goetheanum, prend sa source dans le monde spirituel lui-mme. Pour le regard extrieur,

leurythmie peut tre perue comme un art du mouvement corporel:

Steiner le cra en tant que langage visible ou chant visible, que ce soit par les gestes des bras ou des mains, ou par des mouve ments densemble dun groupe se mouvant sur des lignes cres cet effet. Lorsque lhomme se manifeste par la parole ou le chant, tout son corps est sur le point de se mouvoir, mais dans la retenue de ce qui est sur le point dclore, il se concentre tout entier sur ses cordes vocales et larynx. Cest ainsi que lobservation spirituelle permet de saisir ce mouvement en puissance, pour le raliser dans ce qui devient objectivement associ au ton, au phonme, IX laccord, la mlodie: lhomme tout entier devient larynx, et les mouvements parlent ou chantent comme lorgane de la parole parle ou chante .

Cette nouvelle dimension donne a lexpression corporelle nest pas confondre avec la danse, car leurythmisation dune criture musicale ou dun texte potique ne cre pas un mouvement d*accompagnement, mais fait surgir devant le spectateur-auditeur une musique visible ou un pome visible. Leurythmie sur la scne de Goetheanum, aussi dpourvue dallgorie que ldifice lui-mme, sharmonisait avec larchitecture intrieure, lorganique de ses mouvements devenant une sorte de prolongement dynamique de ce qui tait ncessairement repos dans son aspect matriel. Lart eurythmique ne se bornait pas exploiter le mouvement: les couleurs diaphanes ou trs prononces des longues robes et voiles se m tamorphosaient au cours de linterprtation les unes dans les autres sous le jeu dclairages de couleurs que Steiner qualifia deurythmie

lumineuse, parachevant ainsi lharmonie voulue du Goetheanum:

larchitecture, la sculpture, le mouvement, la couleur, le son, la parole, sadressaient ensemble aux sens physiques pour manifester dans une tentative dintrinsque le supra-sensible travers lHomme devenu tout entier sur la scne lorgane de perception et le messager .

Leurythmie fut et devint galement partie intgrante des dramesmystres steinriens et des grands classiques du thtre mis en scne au Goetheanum, lanne 1915 ayant vu la premire eurythmisation de certaines scnes du Faust de Goethe. La premire re prsentation publique eut lieu.en 1919 Zurich, et en 1921, Steiner donna la premire forme cest dire une certaine ligne suivant laquelle se meut lartiste pour leurythmie du son musical, inaugure par les Papillons de Grieg .

Une variante de leurythmie appele eurythmie thrapeutique serait encore mentionner, mise en application dans les cliniques ou centre de thrapie .

Ltrange paralllisme entre lanthroposophie en construction et litinraire bilyien se poursuit pendant cette deuxime priode, la nouvelle tranche de sept ans allant de 1909 1916, cest dire de la naissance de la profonde vnration pour Steiner jusquau dpart de Bilyi de Dornach, en aot 1916. Les remous et les frictions entre la Socit Thosophique et ce qui ntait encore que sa Section Allemande sous la prsidence de Steiner, dbouchrent travers lanne 1911 la fin de laquelle une indpendance vis vis dAdyar tait officiellement proclame, sur la fondation de la Socit Anthroposophique en dcembre 1912; un tourbillon analogue stale au grand jour dans la vie de Bilyi, dont la X correspondance adresse Blok en 1912 rvle des dtails hautement pittoresques: une qute initiale de la spiritualit dans lorientalisme indien et dans son renouveau thosophique, se transforma peu peu dans lapparition des tiraillements entre courants thosophes et anthroposophes ds 1906, en un vritable chass-crois entre occultistes non anthroposophes et Bilyi, entourant ce dernier juste avant sa rencontre avec Steiner dune atmosphre rocambolesque assez proche dun roman despionnage, du moins vue, ressentie et relate par Bilyi lui-mme. La rupture avec les courants orientaux devint un fait lors du contact marquant avec Steiner le 6 mai 1912 Cologne, et se concrtisa par la frquentation assidue de son ensei gnement quelques mois plus tard jusqu 1916 .

A la cration officielle de la Socit Anthroposophique corres pond la prise de position officielle quelques mois plus tt de Bilyi pour les valeurs steinriennes .

Du revoir de jeunesse davant 1902, travers la conviction pendant la premire heptade de la ralit que peut devenir le rve, Bilyi choisit au cours de ce qui deviendra sa deuxime heptade la plonge dans cette ralit, ne craignant pas la mise au ban par un entourage largement hostile la rvolution steinrienne. Lactivit intgralement tourne vers lanthroposophie lui fait dabord achever dans de constants rajustements lenseignement de Steiner, ce qui deviendra un chef-doeuvre de la littrature russe et mondiale: Ptersbourg. Dans cette cration plus que droutante mais immanquablement fascinante, Bilyi reprend les thmes rvs de la Dramatique pour leur donner toute la ralit tangible quil peroit dans ce que veut faire comprendre Steiner, et quil sapproprie de faon lgitime dans une certaine mesure, au moyen dune matrise dcriture ainsi que dun fonds de jeunesse indniablement anthroposophique de fait .

La deuxime activit amorce cette fois-ci en parfait dilettante aux sens damateur passionn et de non-professionnel, fut la sculpture des architraves et dautres dtails architecturaux: le symbo liste quil tait, quil se voulait et qui se cherchait, ne stait pas seulement immerg dans la ralit dun spirituel jadis onirique, mais dans la ralit dun spirituel prsent transfigurant la matire, lui faisant vivre par sa participation active et cratrice un symbolisme rigoureusement labri de toute ingrence conceptuelle, cest dire de tout parasitisme allgorique. En tant que consquence atteste par Bilyi et corrobore par lanalyse, Kotik Ltaev, oeuvre de la fin de la deuxime priode, se dresse en tant que meilleure caractristique de lvolution de son auteur sur le chemin anthro posophique: par une criture aspirant la dynamique mta XI morphosante, Bilyi compose laide du matriau steinrien des expriences initiatiques dun Moi suprieur, zbres par la menace voile car plus ou moins rsorbe au contact de lanthropo sophie, de sombre rminiscences dune sensibilit dcorch, envote depuis toujours par le paroxysme de la dcadence aztque .

Dornach ne fut pas la seul lieu de rencontre avec le Matre:

dans le sillage de ses multiples confrences travers lEurope, Bilyi suivait fidlement lenseignement tant convoit, la Norvge avec Bergen, Munich et Leipzig, Ble, furent autant dautres siges physiques dexpriences profondes et bouleversantes, formant avec Dornach un pointillisme intrieur dgageant en la modelant la vision du Goetheanum dans sa dimension spirituelle du renouveau culturel .

Aux quatre-cents confrences de Steiner auxquelles assista Bilyi, il convient dajouter ltude approfondie et souvent trs dtaille de toute loeuvre anthroposophique existante, la priode dornachoise tant galement celle de la prise de connaissance de la philosophie steinrienne par une tude minutieuse rattrapant ce qui fut longtemps mconnu, et dont Bilyi prendra la dfense dans Steiner et Goethe, ouvrage polmisateur la dynamique dj employe dans Kotik Ltaev, et par lequel il ne craindra plus de sexposer ouvertement lanathme par ses proches .

Sans reprendre en dtail les causes du dpart de Dornach auxquel les ltude examinant linfluence de lanthroposophie en gnral a consacr une analyse dtaille, il est important de souligner que mis part lappel sous les drapeaux qui nen fut que le mobile extrieur, Bilyi quitta Dornach grce lassimilation assez profonde du message anthroposophique, prenant conscience de la frnsie de son dsir du spirituel tout prix, utopie majeure et principal danger maintes fois mis en exergue par Steiner son oeuvre. Les annes passes aux cts de Steiner se rvlent postriori, grce limposante masse dautobiographies explicites ou ' dcrypter que Bilyi a laisse, un constant combat intrieur sur les modes Schubert et Scgumann, cest dire entre leuphorie dune atmosphre toute voue au spirituel sadressant dans sa ralit toute lactivit humaine prsente et venir, et le dsespoir allant jusqu la dmence devant linaccessible, Dornach stant plus dune fois revtu de latemporalit dun narthex sans issue. Lillusion du rle de ce Dornach gographique ayant fini par surgir la conscience, Bilyi quitta ce qui en un certain sens fut sa chimre, pour retrouver en Russie un Dornach intrieur, du moins latent: ce dpart qui fut toujours pris tort pour preuve du rejet de lanthroposophie, est en fait la rvlation de sa propre XII erreur, et la prise du chemin anthroposophique vers la perception du Temple omniprsent quest lindividu lui-mme dans sa dimension suprieure .

*** La troisime phase anthroposophique parcourant les annes 1916/17 jusqu 1923/24, fut celle de Yactivit, cest dire des ralisations sociales de divers ordres, Nol 1923 janvier 1924 marquant la transformation en profondeur du Mouvement Anthropo sophique extriorise par la cration de la Socit Anthroposophique Universelle telle quelle existe de nos jours .

La construction du Goetheanum prit un essor trs rapide, un peu plus de cinq mois sparrent la pierre de fondation de la fte du bouquet, au premier avril 1914. Malgr le ralentissement des travaux d la Guerre mondiale affectant les bnvoles et les hommes en particulier, ldifice, encore inachev, put tout de mme ouvrir ses portes en 1920, les annes de guerre nayant pas russi empcher son laboration dans un esprit de fraternit ind niable: plus dune quinzaine de nationalits dont ceux des belli grants, crant par leur idal commun un lot dans le chaos gnralis, ralisaient partiellement par leur volont transfigurant leur pense et leur sentiment, une socit soustraite la ltalit de la peur, du doute et de la haine. Cette micro-socit nourrie par lanthroposophie, ntait quun prlude un idal social structur par Steiner ds 1917, projet dun remde la tragdie mondiale largement engage dans une impasse .

Le schma du projet dit de Tripartition sociale Dreiglie derung des sozialen Organismus prvoyait un triple corps social constitu de la vie de lesprit et du dveloppement physique individuel place sous le sceau de la libert, de llment juridique maintenu sous lgide de Ygalit, et de la circulation conomique concrtisant la fraternit dans ce qui de faon naturelle est soumis aux ingalits, les trois corps sociaux indpendants les uns des autres, sharmonisant par une coopration nouvelle, ne rappelant en rien dite ou parlement des dmocraties existantes .

Ce projet, dabord bauch par Steiner puis labor avec le comte Otto von Lerchenfeld, aurait d spanouir par une application immdiate en Allemagne en signe de bonne volont vis vis des Allis et ce dans une ultime trve relle, mais le manque de courage des hommes politiques devant cette rvolution pacifique de lordre social, nengendra que lchec dans lancienne routine XIII des traits partiels de suspension d'hostilits. La reprise du projet aprs la guerre par la cration de deux socits anonymes, Futurum et Der Kommende Tag, essayant de se constituer et dagir dans le sens de la tripartition, fut abandonne en 1924 par suite de leffondrement conomique gnral, toute action directe dans ce sens, entre autres du confrencier public en Allemagne, fut en plus menace par la monte du nazisme, dont lidologie sociale constitue sans plus lantipode de lidal steinrien .

La deuxime grande ralisation pratique vit le jour en 1919:

Emil Molt, propritaire de la manufacture de cigarettes WaldorfAstoria Stuttgart, voulait lorigine crer une cole pour les enfants de ses employs dans le sens de la tripartition sociale .

Mais ds 1920, la ralisation dpassa ce cadre troit par la cration dune Association des Ecoles Waldorf autonomes, ces coles devenant ouvertes tous les enfants scolarisables par de constantes crations .

Base sur de trs nombreuses confrences pdagogiques que Steiner donna jusqu la fin de sa vie, lducation dans ces coles ne consiste nullement susurrer lanthroposophie ravale en une doctrine, mais prendre en compte la vision anthroposophique de lHomme en formation, pour essayer la mise en application dun maximum de conditions permettant au jeune individu lpanouissement de sa totalit, le but ntant pas des abstractions tel les un programme ou un besoin conomique dshumanis, mais ladaptation de lenseignement ce qui est adquat au potentiel volutif de llve. Ainsi lchec scolaire habituel est cart par le passage rgulier danne en anne, toute la classe, sous la conduite du mme matre pendant le huit premires annes, vivant dans la prsence des individus aux rythmes propres, la ralit dun corps social en devenir. Les activits intellectuelles et manuelles auxquelles sajoutent leurythmie et dautres activits artistiques, se concrtisent pendant la douzime anne par un travail personnel, dont le systme tolrant la recherche du meilleur panouissement individuel, voit lclosion des entreprises aussi diverses que la manufacture dun instrument de musique ou la confec tion dun ustensile de cuisine en cuivre martel et repouss, en passant par la sculpture abstraite ou lacquisition de lart du ventriloque!

Actuellement, une treizime anne est plus particulirement consacre la prparation du baccalaurat ou de son quivalent dans divers pays, le nombre de ces coles dans le monde entier dpas sant la centaine, leur importance allant dune dimension modeste comme celle nouvellement cre Strasbourg, aux grands complexes dj anciens de Ble ou dUlm .

XIV La troisime ralisation au cours de la priode d'activit, fut la mise sur pied dune mdecine orientation anthroposophique .

Proccup par la problme de la thrapie ds 1905, Steiner donna en 1918 au mdecin anthroposophe Ita Wegman certaines indications concernant lemploi du gui dans le traitement du cancer. En 1920, un cycle systmatique de vingt confrences sur les bases spirituelles de la thrapie vit le jour, exclusivement rserv aux mdecins et tudiants en mdecine, cours que Steiner largit par des indications substantielles dune pharmacope correspondante partiellement apparente lhomopathie, mais o llment rythmique est essentiel .

En 1921, Ita Wegman fonda la premire clinique anthroposophi que Arlesheim prs de Ble (et de Dornach), et simultanment, quatre mdecins Noll, Peipers, Husemann et Palmer prirent la direction dune deuxime clinique venant dtre cre Stuttgart, ces deux centres produisant galement les nouvaux produits thra peutiques. Il existe actuellement plusieurs cliniques poursuivant les recherches inaugures par Steiner, la thrapie contre le cancer tant lune de leurs principales orientations .

La dernire grande cration se situe en 1924, jetant les bases dune nouvelle agriculture dite biodynamique. A linstigation du comte Keyserlingk, anthroposophe, possdant de grands domaines agricoles Koberwitz en Silsie, Steiner tint en juin 1924 un cycle de huit confrences suivies dun dbat, sur le fond spirituel du r gne vgtal, pour en induire des procds non synthtico-chimiques de rgnration de lagriculture en gnral, donnant par exemple des indications trs prcises sur la prparation de composts ou de produits agissant de faon spcifique sur les lments racine, tige, feuille, fleur, fruit, en liaison avec le rythmes de la Terre parmi les corps clestes. Cette partie des ralisations anthropo sophiques continue faire partie du domaine de lexploitation commerciale et de la recherche, par exemple sur les grands domaines biodynamiques Biedenkopf prs de Mar bourg .

Conjointement ladmiration devant luniversalisme de Steiner ou devant les qualits dme de nombreux anthroposophes comme Michael Bauer, Christian Morgenstern ou Sophie Stinde, Bilyi nomet pas de dcrier et mme de vilipender dautres, travers leurs querelles, leur intolrance et leur sectarisme .

Il nest pas facile de cerner ce problme qui fut effective ment aigu au sein de la Socit Anthroposophique au point de provoquer sa restructuration en la Socit Anthroposophique Universelle, vu lintime pntration de ces faits par la ralit sotrique steinrienne, dont lapprhension approfondie dans la XV spcificit de ses concepts dborderait le cadre de la prsente prface: le lecteur pourra en prendre connaissance dans tous les dtails laide de la bibliographie de laddenda. On se bornera de ce fait certaines esquisses pouvant nanmoins caractriser les difficults en question .

Lune delles surgit de faon paradoxale par suite de lenthousiasme des anthroposophes se mettre au service des ralisations ayant vu le jour au cours de la troisime priode, que ce soit par exemple en tant quenseignant dans les coles Waldorf, en tant que chercheur en pharmacope ou participant la gestion dune socit au sens de la tripartition sociale. Toutes ces nouveauts nes des impulsions spirituelles de lanthroposophie, se placrent par rapport cette dernire dans un rapport filial, dont le souci de prennit aurait d organiquement exiger un constant retour aux sources, dune part pour la circulation de leur sve spirituelle indispensable, et de lautre, pour la vivification de lanthroposophie elle-mme. Cest ce point qui na pas toujours t compris, faisant conclure Steiner que dexcellents professeurs dans les coles Waldorf taient de pitres anthroposophes, cest dire soucieux de la fille, finissaient par oublier la mre .

Une deuxime variante de cet oubli qui devenait immanquable ment un oubli de soi-mme, fut lenlisement dans des compromis loin de lanthroposophie, dans le but de maintenir tant bien que mal la mise en pratique de lidal entrevu: seules les tches pour lesquelles il existait une volont de fer les conduire droit dans lesprit initial, obtenaient lassentiment moral de Steiner .

Une deuxime source de conflits fut lopposition souvent traditionnelle par ailleurs et toute les poques, entre jeunes et vieux, ces deux tats ayant t chez les anthroposophes quelquefois indpendants de lge des intresss! Une saisie livresque de lenseignement steinrien et un manque de souplesse et de coeur vis vis de ce qui ne constituait que la partie conceptuelle du message spirituel, allis une large surestimation des qualits personnelles, engendraient en certains endroits une raideur entravant toute vie relle de la Socit Anthroposophique, les vieux dont il sagit senfermant de plus en plus dans une componction drape dun immobilisme hiratique, dont loccultisme sous-jacent relevait parfois de leurs dsir et imagination seuls. Les jeunes par contre, venant vers lanthroposophie avec des impulsions cordiales en qute dune mtamorphose relle de la vie, se heurtaient le cas chant ces gardiens dun sotrisme mal assimil. Le conflit fut de taille, car le 28 fvrier 1923, Steiner cra aux cts de la Socit Anthroposophique la Socit Anthroposophique XVI Libre porteuse du mouvement des jeunes, dont certains membres ntaient jeunes que de coeur, denthousiasme et de finesse dans labord du spirituel .

Un dernier exemple de ce ngativisme ayant avec tous les autres en commun lincomprhension de lessence profonde du message anthroposophique, fut accompli par ceux qui agissaient et prenaient la parole au sein de la Socit Anthroposophique dans une coloration bien personnelle et fort loigne de lobjectivit responsable de Steiner, tout en se bernant bien entendu sur la cause servie. Il semblerait daprs les documents que cette dernire catgorie ft la plus dltre, car responsable directe sur le plan spirituel de ce

qui fut une vritable catastrophe pour Steiner et les anthroposophes:

la destruction du Goetheanum par un incendie criminel dans la nuit du Nouvel An 1923. Cet difice n du spirituel, aurait d servir exclusivement aux manifestations puises la mme source. Limp tuosit dans linconscience de certains membres qui y introduisirent un lment quasi parasite au regard du monde spirituel, laissa loeuvre dart sans dfense, dont ltincelle criminelle venue dun milieux haineux lextrme, ne fut que la consquence physique et logique en un certain sens .

Ce dsastre ne fut de loin pas seulement la perte dun btiment destin aux manifestations anthroposophiques ou la destruction dun difice financ exclusivement par des dons et bti dans lamour par le sacrifice du travail. Ce qui fut ananti, le fut en tant que partie intgrante du message de Steiner, en tmoin artistique de la ralit spirituelle dont il tait le hraut. Sa reconstruction dcide ds le len demain, naurait pu ainsi avoir de sens que dans la reconstruction de la Socit Anthroposophique elle-mme, hors des entraves passes dont lintellectualisme osseux et lgotisme inconscient furent peut-tre les plus tenaces: les discours des vieux sur les ides devaient dornavant faire place lveil des jeunes devant autrui, l'aide de ces ides .

En dautre termes, Steiner, qui jusque l ntait pas membre de la Socit Anthroposophique, se contentant du seul rle de chercheur et de conseiller, cra la Socit Anthroposophique Universelle dont il prit la prsidence, soudant ainsi limpulsion spirituelle du Mouvement Anthroposophique la Socit Anthroposophique elle-mme. Forte de douze mille membres provenant de quarante pays, la Socit Anthroposophique Universelle devint la premire socit sotrique et publique de lHistoire .

Le paralllisme BilyiSteiner poursuit son dveloppement pen dant la troisime heptade de 1916 1923, se structurant dans une similitude saisissante sur le modle steinrien et anthroposophique en gnral .

XVII En quittant Drnach en 1916, Bilyi devint une personnalit trs active au sein de la branche Lomonossov de la Socit Anthroposophi que Moscou, inaugure le jour de la pierre de fondation du Goetheanum. Ds le dbut de cette priode, la publication de Steiner et Goethe amorce le combat pour la ralisation des idaux anthro posophiques dun Bilyi rsolu garder le cap contre vents de haine et mares de sarcasme. La plume mise au service de lanthroposophie pendant cette priode, use dune large gamme des idaux steinriens dans la constance de la lutte personnelle sur le chemin choisi. Les annes 1922/23 constituent dans la production bilyienne un point fo cal dune densit exceptionnelle, les possibilits matrielles quoffrait Berlin pour les nouvelles ditions ou les rditions npuisant bien en tendu pas les causes de cette prolifration. Dans un lent mrissement du pass dornachois, la tripartition sociale fait partie ds 1919 dun deuxime revoir, celui de revtement par la matire du possible car peru dans lobjectivit spirituelle. Par le truchement des Carnets de rveurs Bilyi espre une socit ne ft-ce que littraire lesprit de la Dreigliederung est celui qui anime la Volphila crit-il en 1921 o le mot dordre libertgalitfra ternit revtu de la spcificit steinrienne, serait le premier pas sur le sol de la Russie, malgr les coups de butoir politiques retournant ipso-facto cet espoir en une Utopia irrmdiablement chimrique. Im prgn de tout lespoir en cette terre davenir dans sa mission spirituel le, quil a puis dans lenseignement de Steiner, Bilyi slance vers une tentative de transformation de la socit russe, essayant dincorporer tout ce qui lui est accessible le fonds anthroposophique, les crits de cette priode tant en plus associs au contexte des confrences tenues par un orateur enflammant son auditoire au point den tre la fin triomphalement port sur les mains!

Une tentative toute naturelle chez un crivain novateur de sa langue, fut une conception eurythmiste du langage potique, dont la Glossalolie de 1922 amalgamait les grandes tapes de lvolution humaine et cosmique dans sa dimension anthroposophi que, aux sons humains dans la sphre de lintrinsque prn par Stei ner. Cette ultime tape d'un symbolisme, peut-tre inespr dans le re voir dantan, et qui de plus tait intimement imprgn du Christ dans sa transcendance de la Sophia si chre au jeune ami des Soloviev, fut proclam comme une contre-rvolution la rvolution doctobre dans son dferlement matrialiste et athe encore insouponn laube de lapostolat au dpart de Dornach. Nous, les Russes. Aux frres anthroposophes, A lanthroposophie. A lavenir russe, A la soeur lAnthroposophie, Aux anthroposophes... Nous sommes la lumire dargent, mon cher matre, sont autant de manifestations dune XVIII ferveur incluant et lEdifice de Jean dans lenvole sa participation, et le Christ dans sa rdemption universelle, culminant dans Die Anthroposophie und Russland, texte publi en 1922 dans une revue anthroposophique allemande, par lequel la mission sacre dont Bilyi sest senti investi est pense de faon lucide et consquente: Soyons alors anthroposophes et pdagogues; cette condition, lanthroposophie peut vivre en Russie une magnifique floraison .

Et lanne 1923 confirme ces tmoignages par la profession de foi dun ardent dfenseur de Steiner venant dtre calomni, dun disciple du Dr. Steiner, membre de la Socit Anthroposophique .

Et pourtant, Berlin se dresse sombre et oppressant avec toutes les diatribes verbales bien connues contre Steiner, les prsents Mmoires confirmant par lexistence dautres paroles directement diriges contre lui, linexplicable au premier abord .

Lanalyse de cette contradiction nigmatique, opre dans le con texte global et dtaill de son oeuvre densemble, rvle dabord une retombe dans lavidit du spirituel dont le dpart de Dornach ne fut quun terme provisoire, et fait apparatre dans ces critiques des aveux dimpuissance retournant en objet de rancoeur ce qui demeurait inaccessible mais toujours ardemment convoit .

Le deuxime phnomne tout aussi intime, fut un drame consci emment vcu au dpart de Berlin: Je serai seul Berlin. La Socit Anthroposophique? Mais non, non; l-bas je serais un mouton dans le troupeau; mon travail au sein de la Socit Anthroposophique saccomplit en Russie. Mais la Russie ma extnu., ...et moi, surmontant les tnbres, donnant dautres la force d'endurer les tnbres, nayant pas cette force, et comme tendant la main vers laide... j attendais laide morale.... Voil un combat pour lAnthroposophie dans une lente et inexorable atrophie intrieure, sur un terrain o la Socit Anthroposophique tait peut-tre rduite une abstraction exsangue. Ces extraits pistolaires tout aussi fragmen taires quils soient,dgagent clairement un panorama que lon ne peut quobjectivement associer cette autre contradiction des mmes ann es, au lent dprissement dune Socit Anthroposophique narrivant plus nourrir en profondeur lenthousiasme toujours existant de ses membres, desschement directement responsable de la vulnrabilit du Goetheanum, si prcieux et si cher tous les anthroposophes. Le bolchvisme dabord, ensuite Berlin lanarchie o le fascisme mergeait dj dans sa monstruosit, au climat putride semballant vers la barbarie entrevue par la sensibilit de Bilyi, furent les deux criminels envers une individualit nayant pas russi endos ser une armure forge la source relle de ses idaux. Derrire lau teur pleinement conscient du sens anthroposophique de sa vie et XIX combl par les possibilits berlinoises dune dition massive dont il tait assez sevr dans son propre pays, transparat son double, hagard et bat la fois, courant de tripot bouge aux spectacles douteux quil noyait dans loubli de la bire, et au fox-trotFcancanesque poursuivant de ses tentacules le Herr Professor, finissant seul dans sa chambre ses contorsions accompagnes des vanescences de Texcellent jazz-band, lequel devenait galement source dinspiration potique pour ce Perceval dchu malgr lui .

Une autre cause encore alimenta cette dtresse: Assia Tourguiniev, celle qui fut non seulement son pouse mais sa compagne, lui si gnifia Berlin leur sparation dfinitive. Sans porter le moindre juge ment de valeur sur des faits ne regardant en dfinitive que les intres ss, il est nanmoins indispensable pour une saisie tant soit peu obje ctive de limportance de cette rupture, de faire surgir la conscience tout le cheminement commun vers et sur le chemin de lanthroposophie. Ds la premire conversation en 1909 au cours de laquelle Bilyi lui parla du "savant allemand prtendant possible la connaissance du monde spirituel par voie scientifique, puis dans la communaut dun long voyage jusquaux pyramides travers les sanctuaires de la Sicile, et pour finir dans le vcu main dans la main de toutes les pripties bruxelloises jusqu la rencontre de Steiner dci de ensemble, Assia se fit et resta celle que lon peut qualifier de miroir dans lequel se mirait son compagnon de route, et lui renvoyant le reflet lgitimement car cordialement enrichi de ses propres interro gations .

Le sjour Dornach avec celle qui devint entre temps son pouse, se porsuivit dans lenthousiasme et la fascination commu nautaires, mais en 1916, lordre de mobilisation ne fut sans doute l aussi que prtexte, mobile extrieur une sparation qui peuttre se prparait dj intrieurement .

Klavdia Nikolaevna Vassilieva, anthroposophe rencontre en 1917 son retour Moscou, le rejoignit Berlin pour lextraire de son enlisement moral, et pour devenir sa seconde compagne laquelle il se liera par des liens matrimoniaux en 1925, mariage pour les uns, bigamie pour les autres. Klavdia Nikolaevna restera dfinitivement aux cts de Bilyi aprs avoir contribu en dcembre 1923 son d part du Berlin ambigu, participant la naissance dun chemin rgn rateur bien plus profond que tous ceux vcus jusque l, faisant un peu penser, bien que sur un tout autre plan, la refonte fondamentale dont Steiner scella la premire pierre presque simultanment Dornach au sein de son propre mouvement .

* XX Avant de revenir au contexte proche des Mmoires, il serait encore mentionner que lactivit de Steiner connut une gradation diffici lement concevable: en dehors des conversations prives quotidiennes presque ininterrompues sur tous les sujets intressant la nouvelle Soci t et ses ralisations comme le deuxime Goetheanum dont il eut encore le temps dexcuter le modle extrieur, Steiner tint quatrecent-dix confrences et allocutions du 1er janvier au 28 septembre 1924, jour de sa dernire confrence quil ne mena plus son terme:

puis, ou plutt consum par une nergie que lon peut sereinement qualifier de surhumaine, Steiner la laissa inacheve pour saliter de faon dfinitive quelques jours plus tard. Son activit, bien que ralen tie, nen fut pas pour autant passive; outre un contact permanent avec le monde extrieur, il poursuivit rgulirement la rdaction de son autobiographie, et surtout des Lettres aux membres, vritable Summa Anthroposophica, synthse peut-tre encore inexplore dans toute sa profondeur des deux ralits de jeunesse, savoir lactivit pensante et le monde supra-sensible, ultime message dune nouvelle pense dite michalique, librant lHomme et en mme temps le rendant matre de la matire, pour larmer dune authentique modernit christique sur le chemin de la libert .

La lecture des Mmoires sur Steiner modle un auteur tout im prgn de la chaleur nourricire quil a voulu et su puiser la double source du message anthroposophique et de son messager .

Une confrontation du dernier chapitre des Mmoires la chris tologie steinrienne dune part, et loeuvre bilyienne jusqu Berlin de lautre, dvoile par contre un auteur peu soucieux de livrer au lecteur une image fidle du noyau christique inhrent au message de Steiner; prenant appui sur les donnes de son Matre, il induit des contresens dont il ne semble pas tre pleinement conscient dans la rsurgence de son ancienne hantise, la fuite devant la vie terrestre .

Mais cest la lecture attentive de Moscou achev en 1925, qui permet dapprcier sa juste valeur la chaude adhsion Steiner en 1929 cest dire lanne de la rdaction des Mmoires et qui est tout autre chose que lenthousiasme des annes passes Dornach. Le dcryptage de Moscou que le lecteur trouvera dtaill dans ltude de linfluence de lanthroposophie sur loeuvre de Bilyi, rvle une Confession stupfiante dans la profondeur de son autobiographie, structure par un chef-doeuvre dcriture symboliste, seule peut-tre apte traduire la violence dmesure dune lutte intrieure entire ment engage largir la conscience du M oi. Cette autobiographie par excellence laissant loin derrire elle tout ce que Bilyi a produit sous cette dnomination, et dont le paroxysme dans son vcu rel car personnel dpasse sans conteste les analyses de hathologies dun XXI Dostoevski, est le tmoin dune autoanalyse dont la frosit dmunie de toute concession lgard de soi-mme, constitue une catharsis au sens le plus authentique du terme dans son aspect thrapeutique, devant laquelle il convient alors de placer les Mmoires sur Steiner, consquemment bauchs ds 1926. L'hymne que sont devenus ces souvenirs, nest pas un retour un tat momen tanment et partiellement abandonn Berlin, mais se veut une nou velle tape rendue possible grce une restructuration fondamentale dans lintimit dun cheminement spirituel mconnu jusqu nos jours, jalon de lune des plus profondes prises de conscience dun auteur inconnu: le clbre Bilyi!

* * La prsente dition est base sur deux dactylogrammes, que nous appellerons A et B. Le texte A, complet quelques pages dpigraphes prs, a servi de rfrence ladaptation allemande de 1975 tablie par Madame Svetlana Geier de Fribourg, que nous tenons remercier beaucoup pour son amabilit nous avoir fait profiter de loriginal russe. Quant au texte B, nous navons pu en disposer que des trois derniers chapitres aimablement mis notre disposition par Monsieur V.A., que nous remercions bien vivement de nous avoir donn loccasion dtablir une dition partiellement critique .

Les deux versions A et B contiennent chacune des variantes spci fiques, ne pouvant pas tre dduites ni logiquement ni morphologique ment du texte parallle: cela tablit lexistence dune source commune, qui nous est inconnue. Nayant pas eu lintention dtablir une dition compare des deux dactylogrammes, nous avons choisi le texte dfinitif lappuyant sur la complmentarit des deux systmes de

rfrence, dans le souci dlimination des coquilles et oublis vidents:

ces divergences formelles ne sont pas signales; sont par contre mentiones toutes les variantes plausibles, mme de faible degr de probabilit: toute libert est ainsi laisse au lecteur, dans le respect du choix inconnu de lauteur .

   

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